Quand on me demande un conseil en sécurité pour la communication informatique, je réponds souvent que tout échange informatique/télécom devrait être vu comme une tentative d’arnaque potentielle (jusqu’à preuve du contraire). Une conclusion triste, mais révélatrice de notre quotidien où la high-tech nous facilite la vie tout en la rendant plus complexe.
Eh bien les choses pourraient bien se compliquer rapidement pour une raison très surprenante. L’Union Européenne met en effet la dernière main à son projet remontant à 2022, et appelé Chat Control. Son objectif, fort louable sur le papier, consiste officiellement à renforcer la sécurité en ligne des enfants. Et plus particulièrement sur les réseaux sociaux et messageries instantanées en tout genre.
Mais la méthode retenue à de quoi inquiéter. La première tentative n’a pas rencontré un succès fou chez les éditeurs concernés. Il s’agissait d’obtenir une porte dérobée, afin que les forces de l’ordre puissent suivent nos échanges en ligne. Mais TOUS nos échanges, légaux ou pas, cryptés ou pas, et donc a priori. Systématiquement. Pour tout le monde.
Cette approche, fraîchement accueillie (notamment par Telegram et Apple), avait aussi pour défaut de se concentrer sur les applications pour équipements mobiles. Elle laissait donc de côté les équivalents accessibles par le Web. Finalement, l’UE a décidé de retenir une alternative qui me laisse sans voix. L’idée consiste maintenant à mettre en place au niveau de tous les systèmes d’exploitation un logiciel espion sur les téléphones et ordinateurs réalisant en permanence des captures d’écran, et les envoyant à l’autorité désignée. Plus de problème de chiffrement musclé, ni de contournement avec un VPN.
Malheureusement, cette méthode nous dénie toute vie privée en ligne. Certainement pour de très nobles raisons, mais cet outil de surveillance de masse ferait les délices de tout régime musclé. Il faudrait aussi penser à réécrire l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, la constitution française, l’article 226-15 du Code pénal, ainsi qu’une partie du code des postes et télécommunications électroniques.
Enfin, j’ajouterai les risques de faux positifs, et aussi de sécurité, car les pirates redoubleraient d’efforts pour détourner un tel outil à leur profit. Même chose pour le stockage de ces informations ultrasensibles, d’autant que l’UE ou ses membres ne disposent toujours pas de cloud souverain et totalement indépendant des USA.
Comme souvent dans l’histoire humaine, l’enfer est pavé de bonnes intentions. Croisons les doigts pour qu’un peu de bon sens intervienne avant le 14/10/2025, date à laquelle les états membres se décideront.
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